⛰️ Tous les 16 ocrobre, le Mont Saint Michel fait sa dédicace !

Beaucoup de chrétiens connaissent Saint Michel archange et la date où il est fêté, le 29 septembre. Sur le Mont qui lui est consacré, à la frontière entre Bretagne et Normandie, il existe une autre date importante : celle de la dédicace du Mont à Saint Michel archange, célébrée le 16 octobre tous les ans.

J’ai découvert il y a de nombreuses années cette célébration qui paraît presque secrète, tant les participants sont peu nombreux, dans une ambiance empreinte de mystère et d’inconnu : ce sont les vigiles chantées, la veille au soir du 16 octobre à 20h45 sous l’Abbaye.

Au cœur de l’automne

La nature commence à révéler sa rudesse avec le froid, le vent et cette mer qui entoure le Mont au gré des montées et descentes de l’astre de la nuit. Cette année, j’y suis retourné et, comme à chaque fois, la sensation est inévitablement mystique. Peu à peu, le Mont se vide de ses touristes vers 18h00, chacun retournant dans son logement pour se réchauffer et se reposer, avant de s’évanouir dans le sommeil jusqu’au lendemain. Mais pour quelques courageux – une quinzaine tout au plus –, nous déambulons au pied des marches de l’abbaye pour monter vers la grande porte où il est dit, sur le site de l’abbaye : « 20h45 : Office des vigiles chanté dans la chapelle Notre-Dame-sous-Terre. Se présenter pour 20h30 à la porte de l’Abbaye ; un frère ou une sœur viendra vous accueillir. »

Pour un croyant, il est évident que l’archange est là, présent, et d’autant plus quand on le fête. Pour d’autres, le vent s’engouffrant dans ces murs de granit est comme un écho à une transcendance perdue, et je vois leurs regards : ils sont fascinés, même si l’attente les éprouve.

L’heure arrive et l’on monte encore les dernières marches, croyait-on, vers la grande porte. Une sœur de la communauté vient nous ouvrir à l’heure dite, et ce petit groupe, ce petit reste grimpe, clopin-clopant, car la plupart sont âgés et un peu abîmés, mais ils font l’effort, portés par plus que leur propre force.

À l’intérieur, des marches et encore des marches : on ne cesse de monter. Puis enfin, une porte sur le côté, et l’on pénètre dans le ventre de l’édifice, aussi stupéfiant que majestueux. Chaque siècle a porté son coup à l’ouvrage, de démolition en reconstruction, de superposition en ouverture, mais aujourd’hui l’ensemble est si harmonieux que cela force le respect, même celui des plus agnostiques, comme un message d’espérance pour des humains démolis qui peuvent y voir la possibilité d’un relèvement symbolique.

Après des zigzags entre des piliers, des escaliers, des portes grinçantes, des bruits de clés qui résonnent au loin, cette fois, c’est sérieux : on entre dans la chapelle Notre-Dame-sous-Terre.

Cette chapelle, cette église, autrefois construite en plein air à l’ouest du sommet du Mont, mesure environ 12 mètres sur 9. Sa date exacte de construction est inconnue, mais sa maçonnerie suppose qu’elle est antérieure à l’an mil.

Ce lieu est saisissant, car il est entendu que le silence doit régner, pour les autres et pour soi-même. Ainsi, à l’heure dite, les sœurs et les moines se lèvent – ils sont une dizaine – et les chants commencent. Autant vous dire que lorsque les voix s’élèvent dans cette résonance de pierre et d’histoire, un frisson qui ne vient pas du froid vous traverse les os, et je me dis : « Je suis à ma place ici et maintenant, je suis là où je dois être. Aujourd’hui, tout semble uni, le dedans et le dehors ne font plus qu’un. »

Pour en savoir plus, il faudra y aller et faire ce chemin qui commence par une ascension et vous prépare à un abaissement, à une humilité évidente, quand les frères et les sœurs nous partagent leur vocation dos à l’assemblée, tous tournés vers le Seigneur.

Ce soir-là, après une heure trente de lectures et de chants qui peuvent être comparés au style grégorien, hauts et cristallins, une brume s’était levée à l’extérieur, si bien que, comme sur la photo, l’ombre de la flèche – et donc de l’archange – se reflétait sur ce rideau de brume comme sur un écran de cinéma. Autant vous dire qu’après une telle célébration, on se demande encore si nos pieds touchent le sol. Avant d’entrer, tous, nous étions distraits, impatients, mais à la sortie, on voit bien que chacun s’est retiré en lui-même, là où se trouvent les blessures, les remerciements, les pardons donnés ou reçus – ou pas. C’est très émouvant, et je vous invite à vivre ce temps de prière qui est aussi une fête : celle du Mont, celle d’un archange qui s’appelle Michaël (Michel).

Descente dans le ventre du Mont Saint Michel

© Morgan Maury

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Morgan Maury
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