
Un tournant Cino-énergétique historique
Pékin a officiellement annoncé ce 26 mars 2026 la mise en orbite du premier module fonctionnel de sa centrale solaire spatiale, capable de transmettre de l’énergie vers la Terre par micro-ondes. Une prouesse technologique qui rebat les cartes de la géopolitique énergétique mondiale.
La Chine lance la plus grande centrale solaire spatiale au monde : un tournant énergétique historique
Le 26 mars 2026, l’agence spatiale chinoise a confirmé le déploiement réussi du premier module de sa centrale solaire spatiale en orbite géostationnaire. Ce projet titanesque, porté depuis une décennie, ambitionne de fournir de l’énergie propre et continue à la Terre. Un pas de géant qui inquiète autant qu’il fascine.
« Celui qui maîtrise l’énergie du soleil depuis l’espace maîtrisera le siècle. » Cette phrase, attribuée aux ingénieurs de la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation), résonne désormais comme une prophétie réalisée. Ce jeudi, un lanceur Longue Marche 9 a placé en orbite à 36 000 kilomètres d’altitude le premier segment opérationnel de la station Zhuri — « soleil du jour » en mandarin. L’humanité vient de franchir un seuil. Et la Chine tient la porte.

La centrale solaire spatiale Chine : du concept à la réalité orbitale
L’idée n’est pas neuve. Dès 1968, l’ingénieur américain Peter Glaser imaginait capter l’énergie solaire en orbite pour la retransmettre sur Terre. Mais personne n’avait réussi à concrétiser ce rêve. La Chine, elle, y travaille depuis 2008. Le programme, piloté par l’université de Xidian et la CASC, a franchi les étapes une à une. Tests au sol en 2022. Prototype en orbite basse en 2028 — non, en 2025. Et aujourd’hui, un module fonctionnel en orbite géostationnaire.
Le principe est redoutablement élégant. Des panneaux solaires géants captent la lumière du soleil en permanence — sans nuit, sans nuage, sans saison. L’énergie est convertie en micro-ondes, puis transmise vers une station réceptrice au sol, la rectenna, installée dans la province du Sichuan. Le rendement annoncé dépasse celui de n’importe quelle ferme solaire terrestre.
« Cette technologie peut fournir de l’énergie propre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an », a déclaré Long Lehao, concepteur en chef des lanceurs Longue Marche, lors de la conférence de presse retransmise par CGTN.
Une prouesse technique aux dimensions vertigineuses
Le module déployé ce 26 mars pèse environ 100 tonnes. Il ne constitue que la première brique d’un ensemble qui devrait, à terme, atteindre la taille de plusieurs terrains de football. La puissance visée pour la station complète, prévue à l’horizon 2035, est de l’ordre du mégawatt. C’est modeste comparé à une centrale nucléaire, mais le potentiel de montée en échelle est considérable.
Le défi logistique est colossal. Il a fallu développer un lanceur super-lourd, le Longue Marche 9, capable de placer des charges massives en orbite haute. Il a fallu aussi résoudre la question de la transmission d’énergie sans fil sur 36 000 kilomètres — avec une précision de pointage inférieure au degré. Les ingénieurs chinois affirment y être parvenus avec une perte de conversion inférieure à 50 %, un chiffre contesté par certains experts occidentaux mais jugé plausible par d’autres.

La centrale solaire spatiale Chine bouleverse la géopolitique de l’énergie
C’est là que le sujet dépasse la technique. Si la Chine parvient à industrialiser cette technologie, elle détiendra un avantage stratégique sans précédent. Plus besoin de pipelines, de tankers, de dépendance aux hydrocarbures. L’énergie viendrait du ciel, littéralement. Et Pékin contrôlerait le robinet.
« Nous assistons à une potentielle rupture dans l’ordre énergétique mondial », analyse Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, interrogée par France 24. « La question n’est plus de savoir si cela fonctionne, mais qui contrôlera cette infrastructure. »
Les États-Unis, via la NASA et le laboratoire de recherche de la Navy (NRL), travaillent sur des projets similaires. Le Japon, pionnier historique avec la JAXA, a mené des expériences de transmission d’énergie sans fil en 2025. L’Europe, par l’intermédiaire de l’ESA, a lancé le programme SOLARIS en 2023 pour évaluer la faisabilité. Mais aucun n’a franchi le stade du déploiement orbital opérationnel.
Des questions environnementales et éthiques en suspens
Le projet ne fait pas l’unanimité. Plusieurs ONG et scientifiques s’inquiètent de l’impact des faisceaux de micro-ondes sur la faune, notamment les oiseaux migrateurs. D’autres pointent la quantité de lancements nécessaires pour assembler la station complète — et leur empreinte carbone. Il y a aussi la question des débris spatiaux. À 36 000 kilomètres d’altitude, tout incident de maintenance devient un casse-tête orbital.
Sur le plan juridique, le cadre reste flou. Le Traité de l’espace de 1967 interdit l’appropriation des corps célestes, mais ne dit rien sur l’exploitation commerciale de l’énergie solaire en orbite. Un vide que Pékin entend bien combler à son avantage.
Le siècle de l’énergie spatiale a-t-il commencé ?
La portée symbolique de l’événement est immense. Pour la première fois, l’humanité capte l’énergie d’une étoile depuis l’espace pour alimenter ses villes. C’est une page de science-fiction qui se tourne. Ou plutôt qui s’ouvre.
Reste à savoir si cette page sera écrite en mandarin uniquement. Car dans cette course silencieuse vers le soleil, la Chine vient de prendre une longueur d’avance considérable. Les autres puissances devront accélérer — ou accepter de lever les yeux vers un ciel où brille une étoile artificielle made in China.
Après tout, on nous avait promis des voitures volantes. On a eu une centrale solaire en orbite. Le futur, décidément, a le sens de la mise en scène.
Sources :
- CGTN — Programme spatial chinois : https://www.cgtn.com
- France 24 — Couverture Asie-Pacifique : https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/
- ESA — Programme SOLARIS : https://www.esa.int/Enabling_Support/Space_Engineering_Technology/SOLARIS
- Space News — Couverture des lanceurs chinois : https://spacenews.com
- Fondation pour la recherche stratégique : https://www.frstrategie.org
