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‼️ Les Puissants banalisent la Guerre promettant des « guerres éclaires » au péril de leur peuple

comment obtenir le consentement d'un peuple pour agir contre son intérêt ?

⚠️ Ou comment obtenir le consentement d’un peuple pour agir contre son intérêt ?


« Le mal ne requiert pas de monstre. Il suffit d’un fonctionnaire consciencieux. »
– Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, 1963


Le spectre d’ Hannah Arendt sur les champs de bataille contemporains

En 1961, lorsque Hannah Arendt assiste au procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem, elle ne voit pas face à elle le monstre attendu. Elle observe un bureaucrate méticuleux, un fonctionnaire zélé qui, sans haine particulière, a organisé la déportation de millions d’êtres humains. Il ne pensait pas. Il obéissait. Il gérait. De cette observation naît l’un des concepts les plus puissants de la philosophie politique du vingtième siècle : la banalité du mal.

Ce que voulait dire Arendt n’est pas que le mal est insignifiant. C’est l’inverse : le mal est d’autant plus dévastateur qu’il se présente sous des dehors ordinaires, qu’il se dissimule derrière des procédures légitimées et des hommes qui dorment paisiblement le soir. Il devient banal non pas parce qu’il perd de son horreur, mais parce que ceux qui le perpétuent cessent de le percevoir comme tel.

Soixante ans plus tard, il faut avoir le courage intellectuel de prolonger cette pensée. Car la banalisation du mal ne s’est pas éteinte avec le nazisme. Elle s’est réinventée dans l’une des activités les plus destructrices que l’humanité connaisse : la guerre. Et plus précisément, dans la manière dont les gouvernements contemporains la vendent à leurs peuples, l’annoncent courte, décisive, nécessaire avant de la laisser s’embourber pendant des décennies, pendant que les bombes tombent, que les corps s’entassent et que les dettes s’accumulent.

Au procès Eichmann elle perçu la banalité du mal et comment chaque acteur dun désastre ne reconnait jamais sa responsabilité

Le mensonge inaugural : la guerre sera courte

Il existe une constante dans tous les grands conflits armés déclenchés ou soutenus par les puissances occidentales depuis la fin de la Guerre Froide : aucun n’a été vendu à sa juste durée. Pas un seul.

En octobre 2001, l’administration Bush déclenche l’opération en Afghanistan contre Al-Qaïda et les talibans. Les mots sont soigneusement choisis : « opération », « campagne », « intervention ». Pas « guerre ». Les généraux parlent de semaines. Vingt ans plus tard, les derniers soldats américains quittent Kaboul dans une débâcle mémorable. Bilan : 2 461 militaires américains tués, entre 150 000 et 170 000 victimes afghanes, et plus de 2 300 milliards de dollars dépensés selon le Watson Institute de l’université Brown. Le régime taliban, que l’on était venu renverser, est de retour exactement là où il était en 2001.

En mars 2003, c’est l’Irak. Donald Rumsfeld déclare que la guerre « pourrait durer six jours, six semaines je doute que ça dure six mois ». Dick Cheney affirme que les soldats américains seront « accueillis en libérateurs ». La guerre durera officiellement jusqu’en 2011, avant de se rallumer sous différentes formes. Coût estimé : entre 1 900 et 2 200 milliards de dollars. Entre 280 000 et 315 000 morts civils documentés. Le pays, déstabilisé en profondeur, deviendra le terreau de l’État islamique.

Puis vient l’Ukraine. Le 24 février 2022, Poutine lance son « opération militaire spéciale ». Les analystes russes promettent Kyiv en 72 heures. Nous sommes en 2026 et le conflit entre dans sa quatrième année. Des dizaines de milliers de soldats morts des deux côtés. Des villes entières rasées. Une économie ukrainienne sous perfusion internationale. Une Russie sous sanctions dont les ressources colossales sont détournées de tout investissement humain vers la machine de guerre.

Dans chacun de ces cas, le même mensonge fondateur : la guerre sera courte. Ce mensonge n’est pas une erreur de calcul. C’est une condition politique nécessaire. Aucun gouvernement ne peut mobiliser son peuple, obtenir les crédits budgétaires et éteindre les voix dissidentes en annonçant : « Nous allons nous engager dans un conflit de vingt ans qui coûtera des milliers de milliards et ne réglera rien. » Il faut mentir. Et ce mensonge, répété, jamais sanctionné, devient la première pierre de la banalisation de la guerre.

banalisation de la guerre MDR  👿

L’enlisement comme système profitable

Ce qui est peut-être plus troublant encore que le mensonge inaugural, c’est la manière dont l’enlisement lui-même devient une mécanique auto-entretenue dont chaque acteur tire profit sauf ceux qui en paient le prix.

Le politologue Andrew Bacevich, ancien colonel de l’armée américaine, a théorisé ce phénomène : après un certain seuil, la guerre cesse d’être un moyen pour devenir une fin en soi. Elle génère des emplois dans les industries de défense. Elle justifie des budgets militaires gigantesques. Elle permet à des généraux de faire carrière. Elle enrichit des contractants privés. La paix, dans ce système, n’est pas rentable.

En Afghanistan, plus de 2 000 entreprises privées ont reçu des contrats militaires américains. Des sociétés comme Halliburton, Booz Allen Hamilton, DynCorp ont facturé des milliards pour la reconstruction et la logistique. Des auditeurs gouvernementaux américains ont reconnu ne pas pouvoir rendre compte de l’utilisation de dizaines de milliards de dollars. Disparus. Dans les poches de qui ? Le brouillard est parfois très commode.

En Ukraine, le schéma se répète. Les livraisons d’armes occidentales enrichissent massivement les industries d’armement. Lockheed Martin, Raytheon, BAE Systems, Rheinmetall voient leurs carnets de commandes exploser depuis 2022. Ce n’est pas un complot. C’est un système dans lequel la prolongation du conflit est financièrement avantageuse pour des acteurs économiques qui ont, précisément, les moyens de peser sur les décisions politiques.

Et c’est là que la banalisation prend toute sa dimension contemporaine. Personne ne décide un matin de prolonger la guerre pour s’enrichir. La réalité est plus insidieuse : des milliers de décisions individuelles, chacune apparemment raisonnable dans son contexte, produisent collectivement un résultat monstrueux. Le fonctionnaire qui approuve un contrat. Le lobbyiste qui rédige un rapport sur les « menaces » sécuritaires. Le parlementaire qui vote les crédits parce que l’usine d’armement est dans sa circonscription. Chacun fait son travail. Personne n’est un monstre. Et ensemble, ils perpétuent une machine dont le peuple sera la victime finale. C’est exactement ce qu’Arendt avait compris.


La guerre comme diversion : quand la politique intérieure s’épuise

Abordons la dimension la plus cynique : la guerre comme instrument de diversion politique. Ce n’est pas une théorie du complot. C’est une réalité documentée par l’histoire et reconnue par les politologues.

George W. Bush arrive au pouvoir en 2001 dans des conditions fragiles, après une élection contestée. Le 11 septembre lui offre une opportunité tragique. La guerre contre le terrorisme lui donnera ce que sa politique intérieure ne pouvait pas lui offrir : une légitimité morale, un rôle historique, un ennemi clairement désigné. Son taux d’approbation monte de 50% à 90% après les attentats. La mécanique est parfaite.

Poutine applique le même manuel. Lorsque les protestations de 2011-2012 secouent le pays, lorsque la corruption systémique et l’absence de perspectives économiques deviennent des sujets d’inquiétude profonde, il trouve dans le nationalisme et dans la guerre ses meilleurs outils de maintien au pouvoir. L’annexion de la Crimée en 2014 lui vaut des taux de popularité record.

Margaret Thatcher, dont la politique d’austérité avait plongé la Grande-Bretagne dans une crise sociale grave, a vu sa fortune politique se retourner grâce à la guerre des Malouines en 1982 — sur des îles dont la plupart des Britanniques ignoraient jusqu’à l’existence. Elle sera réélue en 1983 avec une majorité écrasante.

Ce pattern politique intérieure en échec, opinion à la dérive, sortie par le haut via un conflit extérieur est si récurrent qu’il en est presque mécanique. Et ce qui le rend possible, c’est précisément la banalisation du recours à la force. Quand la guerre n’est plus perçue comme un dernier recours extraordinaire mais comme un outil politique ordinaire, elle devient disponible à tout moment pour tout dirigeant qui en ressent le besoin. Elle entre dans la boîte à outils du gouvernant comme une option parmi d’autres, réflexe commode face à toute impasse intérieure.

Les peuples auront à se souvenir de la guerre car un jour il faudra payer pour leurs folies
Les peuples auront à se souvenir de la guerre car un jour il faudra payer pour leurs folies

La facture : qui paie, vraiment ?

Le Watson Institute a évalué le coût total des guerres déclenchées par les États-Unis après le 11 septembre à plus de 8 000 milliards de dollars, intérêts sur la dette et coûts long terme pour les vétérans inclus. Huit mille milliards. L’équivalent de quarante années de budget de l’éducation nationale américaine.

Cette somme sera remboursée par les contribuables sur des décennies, sous forme de coupes dans les budgets sociaux, d’impôts supplémentaires, de services publics dégradés. Par ceux qui n’avaient rien à gagner à ces guerres.

Car dans tous ces conflits, la charge humaine est massivement supportée par les classes populaires. Ce sont les fils et filles des familles ordinaires qui s’engagent dans l’armée faute de perspectives. Ce sont eux qui combattent, qui reviennent traumatisés ou ne reviennent pas. Les élites économiques et politiques n’envoient pas leurs enfants au front. Elles envoient leurs lobbyistes à Washington.

Le scandale des vétérans américains est révélateur : plus de 30 000 vétérans des guerres post-11 septembre se sont suicidés — un chiffre qui dépasse largement celui des morts au combat. Des centaines de milliers souffrent de traumatismes sévères. Le système de soins aux vétérans est chroniquement sous-financé. Ces hommes et femmes ont payé le prix maximum d’une guerre que d’autres ont décidée dans des bureaux climatisés et dont certains ont tiré des profits considérables.

Pour l’Ukraine, la reconstruction future sera financée par des dettes contractées auprès d’institutions internationales dont les conditions incluront inévitablement des privatisations et des réformes favorables aux investisseurs étrangers. Déjà, les grandes banques et fonds d’investissement se positionnent sur les opportunités de la reconstruction. La guerre n’est pas encore finie que le marché se place.


Le brouillard des intérêts et la normalisation médiatique

Ces intérêts ne sont jamais clairement exposés. Ils opèrent dans le brouillard du « nécessaire », de l’« inévitable », de la « défense des valeurs ». Les décisions les plus lourdes de conséquences pour les peuples sont prises dans des espaces inaccessibles — conseils d’administration, cellules de crise, sommets de l’OTAN — loin des regards de ceux qui paieront.

Les médias dominants contribuent à cette banalisation par le langage qu’ils reprennent sans distance critique. Les « frappes chirurgicales » qui détruisent des immeubles d’habitation. Les « dommages collatéraux » qui désignent des enfants morts. Les « cibles neutralisées » qui sont des êtres humains. Ce vocabulaire militaire fait exactement ce que décrivait Arendt : il remplace la réalité par des abstractions qui rendent l’horreur gérable. Il permet à ceux qui décident et à ceux qui regardent de ne pas penser ce qu’ils font ou ce qu’ils voient.

S’ajoute la fatigue de l’information : l’Afghanistan disparaît des unes, remplacé par l’Irak, puis la Syrie, puis l’Ukraine. Chaque conflit occupe le devant de la scène quelques mois, puis se dissout dans le flux permanent. Il continue, avec ses morts quotidiens, mais hors champ. Banalisé par l’oubli médiatique. Cette économie de l’attention empêche toute réflexion systémique sur les raisons pour lesquelles les guerres commencent, durent et coûtent ce qu’elles coûtent.


Penser contre la banalité

La réponse d’Arendt au mal banal, c’était la pensée — l’activité de se retourner sur ses propres actes, de refuser la suspension du jugement moral, de résister à la bureaucratisation de la conscience.

Cette pensée passe par le refus des mensonges inauguraux. Par l’exigence que les dirigeants qui proposent une intervention militaire donnent des estimations honnêtes de la durée, du coût, des risques d’enlisement et qu’ils soient tenus responsables de ces promesses. Elle passe par la transparence financière totale sur les contrats militaires et l’utilisation des fonds publics. Elle passe enfin par la réhabilitation politique de la paix comme objectif légitime. Dans le monde politique actuel, défendre la paix, réclamer des négociations, questionner l’escalade militaire est souvent présenté comme de la faiblesse ou de la complicité. Cette fermeture du débat est elle-même une forme de banalisation : elle rend la guerre non seulement normale, mais intouchable.


le prix de la pensée suspendue

La banalisation de la guerre, c’est cela : non pas l’absence de souffrance elle est là, immense, documentée, réelle mais l’absence de responsabilité. Les guerres se déclenchent sans que personne ne soit vraiment responsable. Elles s’enlisent sans que personne ne rende de comptes. Elles coûtent des milliers de milliards sans aucun politique a qui présenter à la facture. Et quand elle arrive sous forme de dettes publiques, de coupes sociales, de générations sacrifiées elle arrive chez ceux qui n’avaient aucun pouvoir de décision et qui ont été trompé pour obtenir une approbation coupable.

Ce n’est pas que les dirigeants qui déclenchent les guerres soient des monstres. Ce serait trop simple, et même rassurant. La réalité est plus sombre : ce sont des hommes et des femmes qui ont cessé de penser, au sens arendtien du terme, la portée morale et humaine de leurs décisions. Des hommes qui ont remplacé le jugement par le calcul, la responsabilité par la procédure, la conscience par la stratégie.

La guerre n’est pas inévitable. Elle est choisie. Et ceux qui la choisissent savent, au fond d’eux-mêmes, que quelqu’un d’autre en paiera le prix. Tant que les peuples accepteront cette situation, les puissants continueront de banaliser la guerre. Et tant qu’ils la banalisent, elle continuera de revenir — toujours plus coûteuse, toujours plus meurtrière, toujours présentée comme la dernière et la plus nécessaire.

Jusqu’à la prochaine, rien de nouveau sous le soleil, pas même les bombes.


« Sous conditions de la tyrannie, il est beaucoup plus facile d’agir que de penser. »
-> Hannah Arendt

 Sous conditions de la tyrannie il est beaucoup plus facile d'agir que de penser. »
— Hannah Arendt

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